Indépendant, malsain, lugubre. La Nuit du chasseur sera le premier et dernier film de Charles Laughton en tant que réalisateur. Énormément critiqué, l’œuvre a failli, à de nombreuses reprises, être censurée. Retour sur un énième ovni du cinéma. 

FICHE :

°Réalisateur : Charles Laughton

° Acteurs principaux : Bil Chapin, Robert Mitchum, Shelley Winters et Lilian Gish

° Date : 1955

° Adaptation du livre : De Davis Grubb, du même nom (1953)

° Durée : 1h35

° Genre : Thriller

SYNOPSIS :

Tiraillé entre le Bien et le Mal, le pasteur Harry Powell (incarné par Robert Mitchum) parcourt la Virginie avec un seul hobbit : assassiner des veuves. Un jour il est arrêté pour un vol de voiture et se fait incarcérer durant 30 jours. À l’intérieur de sa cellule, il fait connaissance avec un autre taulard, Ben Harper qui lui est condamné à mort : il est accusé d’avoir dérobé la trésorerie d’une banque. Il  lui révèle ainsi avoir caché un magot de 10 000 dollars dans un endroit connu uniquement de ses enfants John et Pearl Harper. À sa sortie, le pasteur va chercher à séduire la veuve Harper et à l’épouser… Avant de finalement la tuer pour pouvoir traquer et extorquer l’argent des enfants. 

POURQUOI LE REGARDER ? 

La Nuit du chasseur traite d’un sujet universel : l’enfant confronté à ses peurs irrationnelles qu’il lui faut affronter et surmonter. Rendre compte en image du cauchemar que vit ce jeune garçon, livré à lui-même et obligé d’abandonner son enveloppe enfantine pour se renforcer et devenir, prématurément, adulte est très intéressant. Sujet psychologique et cruellement d’actualité, Charles Laughton a su mettre en image la descente aux enfers d’un homme qui a laissé derrière lui son humanité pour devenir un prédateur. 

 1. SON INFLUENCE CINÉMATOGRAPHIQUE

Charles Laughton filme son long-métrage à la manière du cinéma muet. Des effets d’ombres et lumières, des cadrages en contre-plongée, l’intensité des expressions pour palier un manque de dialogues évident. On le ressent notamment dans les yeux de  John qui nous fait vivre en direct sa peur et son angoisse, ou dans la gestuelle de Powell à la Nosferatu, nous faisant froid dans le dos. Le réalisateur s’est notamment inspiré de M le Maudit de Fritz Lang : la frustration sexuelle du personnage principal qui utilise son couteau comme substitut à l’acte sexuel est fascinant.

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Le saviez-vous ? Certaines des expressions de Robert Mitchum sont empruntées au loup de Tex Avery 

2.UNE IMAGE DE L’ADULTE DÉFAILLANT

On a tout d’abord l’image du père qui vole en éclat. Voleur, obligé de subtiliser de l’argent pour assurer l’avenir de ses enfants. Meurtrier, forcé à tuer deux personnes pour commettre son rapt. Avant son incarcération, le père passera le relais à son fils, la lourde tâche de garder l’argent et de protéger sa sœur. Le petit devient le père incapable d’assumer sa propre tâche. 

La mère tombe elle aussi sous l’emprise du pasteur. Sa foi aveugle la pousse à croire cet homme de Dieu plutôt que son propre sang, même lorsqu’elle sera confrontée à la réalité. Abandonnés  par leur père, les enfants se retrouvent sans mère et en proie à un psychopathe sanguinaire. 

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Harry Powell incarne une conception voilée de la religion, un ange déchu, un Lucifer qui incarne la Haine, le Mal et le vice.

3.UN CONTE ILLUSOIRE 

Laughton réussit à mettre en parallèle l’industrie d’Hollywood surnommé « La Mecque du Cinéma » et ses spectateurs américains avec la crédulité des habitants du village d’Ohio. Hollywood, considéré comme une « usine à rêves », a pour fonction de détourner le public des véritables questions sociales gérées par des capitalistes new-yorkais soucieux de leur propre profit que par la création artistique. Harry Powell incarne ce loup d’Hollywood (mais on est bien loin du Loup de Wall Street), détournant l’attention des habitants d’Ohio avec de beaux contes et discours, profitant de ces moments d’absence pour traquer l’argent  et les enfants.

4. FREUD, SORS DE CE FILM !

ATTENTION SPOILERS !
Finalement le film se termine par l’arrestation d’Harry Powell. John, après avoir traversé toutes ces péripéties devient malade à l’idée de voir une autre figure paternelle arrêté par la police. Il se tient le ventre comme en début de film et confond Powell avec son véritables père. Il lâche la poupée des mains qui libère le magot enfermé. Comme les récits bibliques, John n’est plus l’enfant d’un roi qui soit défendre l’or de son père mais un jeune garçon sauvé des eaux. 

La poupée que tient la petite soeur de John, Pearl, renvoie à la question de leur origine. Elle découpe les billets de banque en leur donnant une apparence humaine en les prénommant John et Pearl. L’argent a réussi à prendre le pas sur leurs individualités. 

Le double-jeu du pasteur amène les enfants à se poser des questions sur sa véritable intention. Menteur, voleur, pédophile ? Les plans et les scènes de la cave ou les cadrages très subliminaux de la lame rétractable près de la jeune Pearl sont autant d’indices réels ou supposés des intentions douteuses du pasteur.

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Anecdote : pour faire croire à l’effet d’optique où le chasseur passe devant la grange, le réalisateur a engagé un nain monté sur un poney. Ingénieux pour l’époque, non ?

NOTE FINALE : 9/10. Gros coup de cœur qui est devenu un classique de l’âge d’or du cinéma !

 

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